Conseil 2 / L'écologie, ou l'art de comparer des choux et des carottes.

Vous avez dit "écologique" ?

L’écologie. Tout le monde est capable d’en donner des exemples, mais peu arrivent à en donner une définition claire, qui conviendrait à toutes les situations. Rien d’étonnant quand on remarque que l’écologie moderne s’est construite comme une juxtaposition d’exemples qui, chacun, s’en réclament au titre qu’ils sont positifs ou bénéfiques. Mais positif pour qui? Bénéfique pour quoi?

Ce manque de clarté a fait de l’écologie (et de sa petite sœur l’environnement) un fourre-tout dans lequel on retrouve des actions et des propositions disparates, qui s’adressent à des problématiques différentes. Ce qui ne semble pas être, en apparence, un problème. Mais c’est oublier que chaque mesure apporte nécessairement des contreparties. Or, celles-ci sont bien souvent en contradiction directe avec d’autres mesures écologiques.

fourre_tout

Quelques exemples. Consommer local, c’est diminuer les émissions de gaz à effet de serre liées au transport, mais éventuellement augmenter celles causées par des plantes qui poussent parce qu’elles sont chauffées dans des serres. Les panneaux photovoltaïques, pour réduire la part des énergies fossiles dans la production d’électricité, nécessitent des métaux dont l’extraction cause bien souvent de lourdes pollutions dans les écosystèmes immédiats. Les sacs en coton, se substituant aux sacs plastiques, nécessitent des quantités considérables d’eau et souvent de pesticides.

L’écologie est ainsi devenue un panier dans lequel on mélange les les choux et les carottes. Ce désordre permet à quiconque, dès lors qu’il rencontre une mesure écologique, de lui rétorquer sa contrepartie indésirable, d’où notre sentiment de n’entendre que des avis contradictoires.

Faire la part des choses

Pour surmonter ce semblant d’incohérence, arrêtons d’abord de dire de quelque chose est plus ou moins écologique. Car l’écologie ne se mesure pas. L’écologie est un grand sac dans lequel on retrouve différents thèmes: le climat, la biodiversité, la pollution, les matières premières, les déchets, … chacun avec son lot d’avantages et de contreparties. Car il se peut très bien qu’une proposition puisse être mauvaise pour la santé, tout en émettant moins de gaz à effet de serre que celle qu’elle remplace,  et en se basant sur des composants qui peuvent être recyclés mais dont la production rejette des produits toxiques dans l’eau et l’air. Comment dire d’une telle mesure qu’elle est écolo, tant elle revêt des conséquences différentes.


Facile à dire. Mais dans la pratique, décortiquer un sujet n’est pas toujours aisé. Néanmoins, certains thèmes reviennent plus souvent que d’autres.

Climat Il décrit l’état et l’évolution de conditions physiques moyennes autour du globe : température, précipitation, humidité, pression, etc. Ces variables climatiques sont perturbées et modifiées sous l’action des gaz à effet de serre, émis en partie par les énergies fossiles consommées par les activités humaines, Et c’est le dérèglement de ces variables qui est préoccupant, puisqu’il impacte directement l’agriculture, les ressources en eau douce, les événements climatiques extrêmes (canicules, tempêtes, inondations), … qui viennent à leur tour bouleverser et mettre en danger les être vivants et leurs espaces de vie. D’où la nécessité de réduire les émissions de ces gaz à effet de serre, comme le CO2 ou le méthane.

Biodiversité Souvent réduite à l’étude de la faune et de la flore, elle s’intéresse plus largement à l’ensemble du vivant (champignons, microbes, virus) et en étudie les interactions ; l’ensemble formant les écosystèmes. La déstabilisation de ces derniers réorganise les relations entre espèces et peut provoquer la mise en compétition, la disparition ou la prolifération de certaines. Cette déstabilisation peut être causée par le dérèglement climatique, mais est plus souvent associée à une transformation des espaces de vie (artificialisation des sols, aménagement du territoire, déforestation, pollutions variées), à un prélèvement trop important ou à une élimination d’espèces (pêche, chasse, pesticides), modifiant la chaîne alimentaire associée.

Pollution(s) Processus par lequel un gaz, un liquide ou un matériau influe sur l’équilibre d’un (eco-)système et endommage les interactions qui s’y opéraient. Bien que les causes et conséquences soient variées, elle est souvent associée à une activité humaine : dégradation des terres agricoles par les pesticides ; impact des particules fines, issues pour partie des voitures et des épandages, sur la santé ; rejets de produits toxiques par des industries ou pour l’extraction de matières premières. Et de même que l’écologie comporte plusieurs aspects, il serait plus adéquats de parler des pollutions : de l’air, de l’eau ou des sols. Chacune incluant ses propres types de polluants.

Déchets On peut grossièrement les définir comme des objets – une substance, un matériau – dont on veut ou doit se débarrasser. Le processus de dégradation peut être sans conséquence (matière organique par exemple) mais lorsqu’il ne l’est pas, les déchets sont soit abandonnés, et occasionnent diverses pollutions, soit nécessitent un opération de traitement (qui peut aussi être source de pollution). Cette dernière a pour vocation à éliminer le déchet (incinération, enfouissement) ou à le valoriser ; c’est dans ce dernier cas qu’apparaît la question du recyclage.

Matières premières Première au sens où elles sont à la base d’une transformation ou d’un usage personnel, commercial ou industriel. Très vaste catégorie, puisqu’elle comprend les produits issus de l’agriculture (céréales, riz, graines), les minerais à usage énergétique (pétrole, gaz, charbon), les matériaux nécessaire à la construction ou à l’industrie au sens large (sable, aluminium, silicium, verre, fer, cobalt, antimoine) dont une partie qu’on nomme les métaux et terres rares (néodyme, lanthane, samarium) et beaucoup, beaucoup d’autres (coton, caoutchouc, bois, or, argent). Souvent en lien avec les thèmes précédents, les matières premières forment néanmoins une grille de lecture en soi, qu’il convient de garder à l’esprit.

Le reste? Il est fréquent de voir d’autres thèmes, comme la radioactivité ou les ressources en eau, souvent rapprochés de l’écologie. Partie pris a été de ne pas les inclure en tant que tels, car ils constituent des sujets en soi, qui ne sont pas transversaux comme le sont les précédents. En revanche, ils peuvent être abordés au sein des thématiques précédentes dans la mesure où ils entretiennent des liens étroits avec celles-ci.

Santé Ce n’est pas non plus un aspect de l’écologie à proprement parler, mais il est souvent mis en avant comme crucial, d’autant qu’il sert d’étalon commun à toutes ces problématiques. Il convient ainsi de le garder dans un coin de la tête pour définir des situations et évaluer des mesures.

L'écologie ne se mesure pas

Alors voilà. On a fait le tour. Un tour arbitraire, loin d’être exhaustif et dont les insuffisances soulignent la complexité de dresser une telle liste, d’autant que tous ces thèmes peuvent s’enchevêtrer, être subordonnés les uns aux autres ou tout à fait indépendants. Mais c’est cette complexité qui doit se traduire dans l’analyse d’une situation : dire de quelque chose qu’il serait écologique – ou qu’il ne l’est pas  – est très réducteur, et empêche une lecture claire de la situation. Car, à nouveau, l’écologie ne se mesure pas. L’écologie, c’est la lourde tâche de comparer des choux et des carottes. Au fond, analyser et évaluer une mesure, une problématique, une action requiert de distinguer les différents enjeux qui la composent et d’arbitrer en conséquence.   Et la prochaine fois que vous vous dites “c’est écolo”, essayez de comprendre sous quels aspects ça l’est, et sous lesquels ça ne l’est pas.

Pour illustrer ce qu’on vient de se dire, on vous laisse quelques exemples en amuse-bouche. Est-ce qu’une voiture électrique est écolo? Est-ce que le bio est écolo? Est-ce que les éoliennes et panneaux photovoltaïques sont écolos? Vous aurez bien compris que la réponse n’est ni oui ni non, mais qu’il n’est pas évident d’y répondre. Alors pour ça, il existe quelques trucs et astuces qui pourraient vous aider.


NB : Il est possible que certains d’entre vous soient encore un peu déboussolés. Ou aimeraient approfondir les notions qu’on vient d’aborder. Ou pire, seraient insatisfaits de voir certains concepts à peine effleurés. Ne vous inquiétez pas, on a pensé à vous. On est en train de préparer un (long) billet, beaucoup plus détaillé.