Conseil 4 / Ne sautez pas sur les solutions.

Attention à l'arbre qui cache la forêt

On ne peut que vous féliciter d’en être arrivé jusqu’ici. Car nous n’avons pas été très fair-play : vous étiez sans doute à la recherche de solutions, de manières d’agir, et nous, à la place, on s’est contenté de vous servir des analyses sur le pourquoi du comment de l’écologie. Mais maintenant que tout est déconstruit, que faire? Car on a tous envie d’agir, de s’y mettre. Alors allons-y, mais pas n’importe comment.

Votre envie d’agir est louable, elle traduit sans doute le sentiment de réparer le dysfonctionnement que vous ressentez. Un sentiment qui se lit à différents niveaux : événements citoyens, rapports scientifiques, tribunes médiatiques, mesures politiques, communications associatives, etc. Tous, nous souhaitons porter notre pierre à l’édifice. Mais trop souvent, qui que nous soyons, entreprise, collectivité, association ou même à titre individuel, nous le faisons en défendant nos intérêts. Quel commerçant inciterait à arrêter de consommer? Le restaurant à réduire la consommation de viande? L’agence de voyager à ne plus voyager? Le constructeur automobile à ne plus conduire? Etc. Il n’est pas question ici de désigner des coupables, mais de rappeler que nous sommes prisonniers de nos intérêts qui, pour certains, coïncident avec des activités structurants des pans entiers de nos sociétés. Y renoncer brusquement aurait des effets sociaux désastreux (c’est cette ligne de crête incertaine, entre transition rapide et accompagnement des secteurs concernés, qu’il faut emprunter – sans doute l’objet d’un prochain billet). Reste que les solutions que nous proposons nous mêmes ou qui nous sont proposées ne sont pas suffisantes, ou pire, détournent l’attention des vrais problématiques. Comme autant d’arbres qui cachent la fôret.

Le scandale de la touillette en plastique : de l'importance d'une culture écologique minimale

L’objet n’est pas de vous empêcher d’agir, non. Il est même urgent de s’y mettre. Et précisément car tout ne peut être parfait au premier essai, il faut tester différentes solutions, différentes alternatives. Il n’y aura d’échec que celui de ne rien tenter. Néanmoins, il convient de ne pas agir dans la précipitation et indépendamment de tout qui a déjà été dit et testé. Autrement, on s’expose à ne pas regarder au bon endroit ou à se concentrer sur le gros du problème. Car – et nous nous excusons de vous l’annoncer si sèchement – ne plus utiliser de gobelets en plastique et de touillettes ne sera pas suffisant. Ni réutiliser ses sacs plastiques. Pour tout ceux qui considèreraient que les petits ruisseaux font les grandes rivières, rappelons que l’essentiel de l’eau est ailleurs. L’idée n’est pas de dire que les petits gestes n’ont pas d’intérêt. Au contraire, les écogestes ont leurs vertus (détaillées dans un prochain billet) mais ne seront jamais une solution suffisante. Et pire, ils peuvent dissiper notre temps et notre énergie, avant que nous nous attaquions à ce qui importe vraiment.

Pour s’assurer de l’intérêt de nos actes, ceux-ci doivent s’appuyer sur une culture écologique minimale. Passer directement à l’action, sans rationaliser ses sentiments, sans acquérir quelques connaissances, c’est prendre le risque de ne pas s’attaquer au bon problème. Au contraire, il nous semble essentiel de procéder en trois étapes : une prise de conscience sensible, suivi d’une rationalisation des enjeux, puis d’un passage à l’acte. De ces trois étapes, il est probable que vous ayez déjà franchi la première ; vous ne seriez probablement pas là sinon. Alors prenez le temps de comprendre et de vous faire vos propres opinions. Car nous sommes convaincus que la pédagogie et la compréhension sont essentielles pour accepter des mesures qui, autrement, seraient frustrantes et vécues comme des privations de libertés – rappelons au passage que toute loi en est une, et que si nous avons accepté celles qui structurent nos sociétés, examinons celles qui éviteraient des désastres environnementaux et sociaux certains.


La lecture des précédents billets est un premier pas considérable. Vous êtes capable de décomposer une situation en l’ensemble des enjeux qui la compose ; ne croyez pas que c’est si simple, car peu nombreux sont ceux qui ont les idées claires. Et si ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, alors la confusion des propos signe celle qui règne dans les esprits. Vous êtes, en un sens, déjà plus armé que beaucoup. Mais ça ne suffit pas toujours. Car les quelques outils proposés dans les précédents billets nécessitent quelques connaissances et repères : énergies fossiles, agriculture, pesticides, plastique, différence entre énergie et électricité, etc. Et ceux-ci doivent s’accompagner de quelques ordres de grandeur. Quels sont les grands postes d’émissions de CO2? Quels types de déchets produisons-nous? Comment est produite l’électricité dans le monde, en Europe et en France? Quels sont les types d’usage des sols? Etc.

Vous êtes peut-être en train de vous dire qu’on vous demande sérieusement de prendre trois années d’études intensives pour comprendre quelque chose. Pas de panique.

L'iglou, un ami qui vous veut (vraiment) du bien

Tout d’abord, il ne s’agit pas de s’intéresser à tous les sujets ; ils sont suffisamment nombreux pour que vous puissiez privilégier ceux qui vous attirent le plus. Et d’autre part, le but n’est pas de tout savoir – de toute façon, ce serait impossible – mais bien d’avoir quelques notions indispensables et de pouvoir retrouver facilement les informations que vous souhaitez. C’est pour cette raison qu’on prépare de nombreuses fiches repères, dans lesquelles vous pouvez piocher à tout moment. Néanmoins, une question centrale demeure : par quoi commencer ? Il y a beaucoup d’informations partout, sur tous les sujets. Et si vous cherchez une information, c’est souvent précisément parce que vous ne savez pas tout à fait où la trouver. Or, c’est ce qu’on a essayé de faire, pour vous faciliter la tâche. On ne vous laisse pas tout seul, au dépourvu. Au contraire, on vous a préparé un petit parcours, une boussole pour naviguer.

En réalité, ce sont plutôt des parcours. Comme autant de chemins à parcourir, distincts mais pas indépendants les uns des autres. Pour tous les goûts, toutes les curiosités. Ces chemins reprennent les thèmes exposés précédemment : climat, biodiversité, pollutions, matières premières (et prochainement sur les aspects économiques, sociaux et sociétaux). Ces chemins ne sont pas parallèles, mais se croisent, se séparent, s’entrelacent et se recoupent. Chacun se construit selon une progression graduelle, en mobilisant les repères dont on vient de vous parler, mais surtout des vidéos, des podcasts, des articles, des rapports, etc au gré de vos envies. Tous ces éléments sont autant de balises pour votre navigation.

Des compromis éclairés

Maintenant que cette démarche est clarifiée, il nous faut vous expliquer la seconde raison pour laquelle il ne faut pas se précipiter. Au cours de votre voyage, dans les parcours, vous apercevrez sans doute des actions, des mesures, des situations qui se comparent bien. Pour lesquelles il est facile de prendre une décision, dont les solutions sont comparables objectivement, avec une mesure, une échelle. A l’inverse, et c’est de là que vient la complexité de la situation, d’autres enjeux ne disposent pas de tels points de comparaison. Est-ce que la pollution liée à l’extraction de métaux est justifiée si ces métaux permettent de réduire des émissions de gaz à effet de serre? Peut-on convertir des zones protégées en activité agricoles, éventuellement pour faire des bio-carburants? Doit-on favoriser certaines énergies renouvelables quand bien même on ne sait pour l’instant pas en recycler certains composants? Ces décisions n’ont pas de réponse générale, elles se bâtissent sur des concessions, des compromis entre plusieurs problématiques. Elles reposent sur une forme de subjectivité. Subjectivité au sens où l’on accorde plus d’importance, à titre personnel ou collectif, à un avenir plutôt qu’à un autre. Et qui se traduit nécessairement par “quelles sont nos priorités”, “quelles contreparties (économique, sociale) sommes-nous prêt à accepter”, “quelles actions sommes-nous prêt à entreprendre”.

Et cette subjectivité doit être éclairée. Car les débats ne peuvent se construire au gré des avis d’experts de comptoir. Il est temps de se donner les outils nécessaires pour se renseigner et se faire sa propre opinion.Sans quoi, aucun projet de société n’émergera, alors qu’il est grand temps d’en former enfin un.

NB : Au titre de la subjectivité à laquelle nous devons tous nous rendre, nous avons aussi, nous les auteurs du site, la nôtre. Nous avons nécessairement nos convictions. Et il aurait été malhonnête de ne pas vous les présenter. Alors si vous souhaitez les connaître, la voici (prochainement).