Distinguons gaz à effet de serre et pollution(s) de l’air, de l’eau & des sols

En associant gaz à effet de serre et pollution(s), on en finit pas croire qu’ils sont synonymes. Au risque d’imaginer que les causes des uns ont les effets des autres.

Il n’est pas faux de dire que les gaz à effet de serre (GES) polluent, dans la mesure où ils participent à une dégradation de l’environnement. Malgré tout, on s’imagine plus souvent la pollution comme un phénomène affectant l’air, l’eau ou les sols, provoquant une dégradation immédiate et visible, et portant directement atteinte à la santé. Des caractéristiques que les GES ne partagent pas.

Le risque, en entretenant cette confusion, est d’oublier que des activités courantes, qui peuvent sembler sans danger – car sans impact direct ou visible – émettent des GES qui, à terme, participent au dérèglement climatique.

Publié le avril 20, 2021


Explications

Les gaz à effet de serre (GES) – détaillés dans une autre infographie – sont souvent associés à tord à d’autres formes de pollution dans les médias :


Cette définition de Wikipédia s’inspire de définitions publiées dans des documents de l’OCDE et dans le l’Association Française de Normalisation (AFNOR).

Parmi les rares autres définitions normatives, on retrouve :

  • Une loi relative à la qualité de l’air (30/12/1996) : Constitue une pollution atmosphérique au sens de la présente loi l’introduction par l’homme, directement ou indirectement, dans l’atmosphère et les espaces clos, de substances ayant des conséquences préjudiciables de nature à mettre en danger la santé humaine, à nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes, à influer sur les changements climatiques, à détériorer les biens matériels, à provoquer des nuisances olfactives excessives.
  • Une directive européenne (23/10/2000 – politique communautaire dans le domaine de l’eau): l’introduction directe ou indirecte, par suite de l’activité humaine, de substances ou de chaleur dans l’air, l’eau ou le sol, susceptibles de porter atteinte à la santé humaine ou à la qualité des écosystèmes aquatiques ou des écosystèmes terrestres dépendant directement des écosystèmes aquatiques, qui entraînent des détériorations aux biens matériels, une détérioration ou une entrave à l’agrément de l’environnement ou à d’autres utilisations légitimes de ce dernier

Ces trois caractéristiques décrivent la plupart des pollutions de l’eau, de l’air et des sols. Néanmoins, certaines présentent des propriétés différentes. À titre d’exemple, les pluies acides, formées à partir de rejets d’azote et de soufre dans l’atmosphère, sont considérées comme des pollution globales puisqu’elles peuvent être transportées sur des milliers de kilomètres.


Il existe d’autres types de pollutions – non discutées ici – comme la pollution radioactive, la pollution sonore ou la  pollution lumineuse.

La diversité et l’hétérogénéité de ces nuisances atteste que la pollution a un caractère très souple. Par conséquent, il conviendrait de la définir à chaque fois qu’on en parle.


Le mot pollution, invariablement utilisé pour la pollution locale (de l’eau, de l’air ou des sols) ou les GES est à l’origine même des discussions et confusions – parfois entretenues à dessein – qui existent sur différents sujets, tels que :

Quel que soit le sujet, on compare trop souvent des choux et des carottes! Là où il faut plutôt inviter le lecteur à comprendre les différentes conséquences – comme les pollutions locales et émissions de GES – de certaines actions afin qu’il se fasse son propre avis et décide lui-mêmes quelles sont les solutions qu’il juge les plus acceptables.


Certains gaz sont des GES et des polluants atmosphérique. Par exemple, l’ozone (quand il n’est pas dans la stratosphère, où il filtre les puissants UltraViolets qui nous viennent du soleil) présente deux caractéristique lorsqu’il est dans la troposphère :


Notons que la distinction entre gaz à effet de serre et pollution n’est pas si simple puisqu’il existe des interactions entre ces deux phénomènes – notamment, certains polluants atmosphériques peuvent aggraver ou au contraire dimunuer le réchauffement (voir FAQ 8.2 “Do Improvements in Air Quality Have an Effect on Climate Change?” de la partie Anthropogenic and Natura lRadiative Forcing du rapport AR5 du GIEC – page 682 de ce lien).

Par ailleurs, certains produits chimiques, lorsqu’ils sont déversés dans la nature, provoquent des réactions qui, en plus de polluer les écosystèmes immédiats, libèrent des gaz à effet de serre.


La confusion entre les pollutions locales et les GES est confirmée par un sondage national de l’Ademe (A: Représentations sociales du changement climatique : 20ème vague) et un sondage dans 30 pays d’Ipsos et EDF (E: Observatoire International Climat & Opinions Publiques). L’Ademe rapporte que 28% des Français considèrent que la pollution est une cause du changement climatique. De la même manière, EDF nous apprend que la pollution de l’air est considéré par 46% des sondés (dans le monde) comme l’une des causes du réchauffement climatique (E – p.71) – ce taux retombe à 31% en France.

Quelque soit le sondage, les GES, responsables du réchauffement climatique, sont encore trop souvent associés – à tord – à diverses pollutions locales, au trou de la couche d’ozone et également au nucléaire qui, rappelons le, est un moyen de production électrique qui émet peu de CO2.


Cette ambiguïté fréquente ne peut souffrir de plus de confusion. Elle détourne l’attention et empêche de voir la source du problème du dérèglement climatique.

Malgré tout, cet amalgame ne serait-il pas coupable lorsqu’il est fait de la main même de ceux qui sont censés comprendre cette différence et l’expliquer à l’ensemble des Français? C’est pourtant l’écueil principal d’une tribune dans les colonnes du Monde, dans laquelle la Ministre de l’Écologie, d’autres membres du gouvernement et des députés de la République en Marche se félicitent de la loi Climat & Résilience, dont l’un des objectifs est d’aligner la France avec son objectif de réduction de 40% des émissions de GES à horizon 2030. Les signataires évoquent trois points, dont la pollution atmosphérique et l’artificialisation des sols, non sans lien avec les GES, mais de manière indirecte – il faudrait à l’inverse que ce lien ne soit pas maintenu dans l’inconscient collectif. À l’inverse, on aurait préféré voir des mots comme énergie, pétrole, charbon, gaz, etc, pourtant absents du texte.


Pour aller plus loin

Le sondage réalisé par OpinionWay pour l’Ademe décrit très précisément les opinions de Français mais aussi des élus sur le réchauffement climatique. Il permet d’identifier les notions qui sont encore trop mal comprises et de les porter pour les faire comprendre par le plus grand nombre. Celui-ci est très bien complété par le sondage d’Ipsos – EDF qui offre une perspective plus internationale sur le sujet.

Le lien entre pollution et gaz à effet de serre ne peut être clairement envisagé qu’au travers de l’évolution même de ce que pouvait être et est devenu la pollution. Jadis circonscrite à un phénomène local, c’est l’augmentation et l’intensification des échanges qui a pu rendre certaines pollutions globales. C’est à cet exercice que se propose La Contamination du Monde, un livre de François Jarrige et Thomas Le Roux, qui s’attardent sur l’évolution des pollutions au cours des 300 dernières années – nous n’avons pas lu le livre mais une courte description est disponible ici. On notera néanmoins un brève mais passionnante introduction au sujet par l’un des auteurs du livre, François Jarrige, dans La Revue des Livres : “L’histoire de la Pollution – Démesure et politique à l’ère industrielle“.

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