L’écologie ne se mesure pas

Qu’entendons-nous précisément lorsque l’on dit de quelque chose (une mesure, une action, une pratique) qu’elle est écolo – ou qu’elle ne l’est pas ? Et surtout, dire qu’elle est plus ou moins “écolo” qu’une autre, est-ce que ça a un sens ?

Pas vraiment. Tout simplement parce que l’écologie ne se mesure pas, elle ne se quantifie pas. Elle doit plutôt être comprise comme un ensemble de problématiques – climat, biodiversité, pollutions, … – qui, chacune, comporte ses contraintes, ses mesures, ses contreparties, etc.

Résultat : dire d’une chose qu’elle est “écolo” – ou pas – est réducteur et empêche de s’attaquer à la complexité de la question.

Publié le janvier 27, 2021


Explications

Pas besoin d’aller chercher très loin Pourquoi le tote bag n’est pas écolo. (L’Info Durable), Nos tote bags en coton sont-ils si écologiques que ça ? (Vogue),  Les tote bags, c’est faux amis de l’écologie. (Courrier International), Les tote bags sont-ils vraiment plus écologiques que les sacs en plastique ? (Numerama), Non, la voiture électrique n’est pas écologique (Reporterre), Et si la voiture électrique était un désastre écologique ? (Le Parisien), Les éoliennes sont-elles vraiment écologiques ? (Capital). Les exemples sont légion !

À l’inverse, on appréciera France Info qui commence par rappeler “Tout dépend de ce que l’on entend par écologique” dans son article Les éoliennes sont-elles écologiques ? 


Pour savoir si un sujet est quantifiable, il suffit de se demande s’il dispose d’une unité de mesure.

Le réchauffement climatique se quantifie avec l’augmentation de la température. L’érosion de la biodiversité peut se mesurer avec le nombre d’espèces en voie d’extinction ou la réduction du nombre de représentants au sein d’une même espèce. Les déchets peuvent se mesurer au poids, au volume ou à la radio-toxicité. La pollution de l’air peut se mesurer au nombre de particules fines dans l’air ou au nombre de morts dans un espace donné pendant une durée donnée.


Une liste exhaustive de toutes les dimensions de l’écologie est impossible puisqu’elle dépend de l’appréciation de chacun. D’autant que le lien entre écologie et de nombreux sujets sociaux et sociétaux et davantage une différence de dégrée que de nature ; à chacun de choisir les thèmes qu’il ou elle souhaite voir associé à l’écologie.


S’ajoute à cette difficile comparaison le fait qu’elle dépend de nombreux autres paramètres qui varient d’un sac à l’autre :

  • Durée d’utilisation du sac en coton
  • Procédé de production du sac en coton
  • Procédé de production du sac en plastique

Enfin, on rappellera que les sacs en coton sont souvent offerts dans le cadre d’une démarche commerciale et finissent au rebut, sans être utilisé (Zero Waste France)t.


Pour complexifier encore un peu la question, on distinguera les émissions de CO2 liées à la construction de celles liées au fonctionnement. Pour ces dernières, elles sont nécessairement liées aux émissions de CO2 de la production électrique, qui, elle, est différente d’un pays à l’autre … ElectricityMap permet d’ailleurs de les voir en direct pour chaque pays du monde.

De manière générale, la construction génère plus de CO2 dans le cas d’une voiture électrique que thermique. Ensuite, “l’amortissement” de ces émissions se fait en fonction (i) du nombre de kilomètres parcourus par la voiture et (ii) la quantité de CO2 dans le mix électrique du pays où elle est rechargée.

Une question complexe à laquelle s’est attelé le cabinet Carbone 4, dans son rapport Transport Routier : Quelle motorisations alternatives pour le climat? Comparaison des émissions en
cycle de vie, France et Europe.




L’exemple des “contreparties” est relativement clair dans le cadre des énergies renouvelables : celles-ci, au bénéfice d’une électricité moins carbonée, vont (pour certaines) nécessiter des matières premières dont les stocks s’amenuisent et dont la construction est responsables de dégâts sur la biodiversité, ainsi que d’une pollution des eaux et des sols environnants.

En revanche, l’existence d’une contrepartie ne doit pas être suffisante pour “ne rien faire”.


À l’échelle de l’ONU, l’évolution du climat et de la biodiversité sont suivis par deux instances distinctes : le GIEC pour le climat, et l’IPBES pour la biodiversité.

Comprenant les dépendances entre ces deux sujets, les deux organismes ont publié un rapport commun en juin 2021 : Biodiversity & Climate Change dont la préface annonce la couleur : “Climate change and biodiversity loss are two of the most pressing issues of the Anthropocene. While there is recognition
in both scientific and policy-making circles that the two are interconnected, in practice they are largely addressed in their own domains. The research community dedicated to investigating the climate system is somewhat, but not completely, distinct  from that which studies biodiversity.”



Pour aller plus loin

À essayer dès maintenant !

Notre principal conseil est une proposition.

Il y a a sans doute beaucoup de sujets que vous associez à l’écologie (éolienne, nucléaire, animaux, plastique, recyclage, …). Prenez un bout de papier et listez les tous. Mais ne regardez pas la suite.

Et prenez votre temps pour lister tous ces sujets.

Une fois que c’est fait, essayez de deviner quels sont les thèmes qui y sont adossés (climat, pollution de l’air, biodiversité, etc). Vous verrez que vous ne serez pas toujours sûr de vous.

Et si c’est le cas, il est temps que vous fassiez cet exercice avec les personnes qui vous entoure ! Car il est fort à parier que beaucoup de personnes associent à tord pollution de l’air et émissions de CO2. Ou qu’elles ne sachent pas quelles sont les premières causes de l’érosion de la biodiversité (source : rapport de l’IPBES).


Une ressource à côté de laquelle on serait passé? Suggérez-la nous!

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