La question du pergélisol – ou permafrost

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La question du pergélisol – ou permafrost

Une compilation d'un ensemble de sources sur l'épineuse question du pergélisol.
/ Article scientifique
/ Intermédiaire / Expert

Quand on s’intéresse un peu à l’écologie, et plus particulièrement au réchauffement climatique, on croise souvent le mot – quelque peu étonnant – de pergélisol, ou de permafrost dans sa version anglaise. A ne pas confondre avec la banquise ou avec des glaciers, le pergélisol est tout simplement – comme son nom l’indique – un sol gelé en permanence (pendant au moins deux ans).

La plupart du temps, lorsque l’on parle du pergélisol, on désigne le pergélisol circumpolaire, situé essentiellement en Alaska, au Canada, au Groenland, et en Sibérie. Mais il peut également exister du pergélisol dans les montagnes, en haute altitude. Nous allons ici principalement nous intéresser au premier type de pergélisol.

La fonte du pergélisol et ses dangers

Avec le réchauffement climatique, le pergélisol circumpolaire dégèle progressivement. Or cela est embêtant pour notre affaire, car sous cette terre glacée se trouveraient près de 1 600 milliards de tonnes de carbone, issus de la décomposition d’anciennes plantes ou d’anciens animaux, carbone qui serait progressivement relâché dans l’atmosphère sous forme de CO2 et de CH4 (méthane), contribuant dramatiquement à l’accélération du réchauffement climatique. Il y aurait ainsi deux fois plus de carbone dans le pergélisol que dans l’atmosphère.

Seulement, prédire l’évolution du pergélisol et sa contribution précise au réchauffement climatique est une question très complexe. Par exemple, sa fonte entraîne également un renouveau des prairies et des forêts boréales, soit l’apparition de nouveaux puits de carbone qui pourraient venir compenser les émissions de gaz à effet de serre aussi issues de ce processus de fonte. D’accord, mais cela compenserait toutes les émissions ? Plutôt seulement une partie, mais alors combien ? Le bilan est difficile à mesurer. D’autant plus difficile que la fonte du pergélisol n’est pas un phénomène linéaire, certaines parties semblant stagner quand d’autres, contenant des poches de glace, peuvent laisser place à d’importantes zones humides accélérant encore plus le dégel et les émissions de méthane venues des sols profonds. Enfin, il n’est pas certain non plus que l’ensemble du pergélisol dégèle un jour. Tous ces éléments rendent les prédictions concernant l’impact de la fonte du pergélisol sur le réchauffement climatique particulièrement complexes à calculer, et jusqu’à présent (printemps 2020 à l’heure où nous écrivons), le GIEC n’avait pas pris en compte cet élément dans ses scénarios, ou du moins de manière assez simplifié dans des rapports spéciaux.

Virus, point de bascule et extraction d’hydrocarbures : des sources pour aller plus loin

Pour tout comprendre sur le pergélisol, mais aussi sur le rôle de tourbières, des hydrates de méthane et l’extraction d’hydrocarbures fortement émettrice de méthane dans l’Arctique, l’article de Jean-Daniel Paris, ingénieur-chercheur en sciences du climat au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), dans The Conversation est une très bonne entrée, riche en références.

Pour aller un peu plus loin, l’article de National Geographic synthétise – et traduit en français – les principaux résultats d’une importante étude parue début 2020 dans Nature Geoscience sur les contributions du dégel du pergélisol au réchauffement climatique, proposant des premières quantifications. Les plus téméraires s’essaieront à lire la version originale, dans la langue de Shakespear.

Autre surprise que nous réserverait le dégel du pergélisol : des virus. Cette question est amplement abordée à travers l’article de France Culture, où interviennent deux chercheurs spécialisés sur ces problématiques: Florent Dominé, chercheur et directeur de recherche au CNRS, et Jean-Michel Claverie, professeur de médecine de l’Université Aix-Marseille, directeur de l’institut de Microbiologie de la Méditerranée et du laboratoire Information Génomique et Structurale. En dehors de la question épidémiologique, l’article s’intéresse également aux impacts du dégel du pergélisol sur la biodiversité et sur les populations locales, après avoir précisément rappeler les mécanismes et les enjeux de ce dégel.

On notera enfin que le dégel du pergélisol constitue également un “point de bascule” climatique, mais ça, on vous en parle par-ici.